« Pour moi, dire que je ne suis pas un génie reviendrait à vous mentir et me mentir à moi même »

With All My Love Mr west.


Comment être à la fois une personnalité embarrassante et l’auteur d’albums colossaux et ambitieux ?


Il a tout compris de son époque


Alors que ses collègues rappeurs ont depuis longtemps épuisé le genre “balèze tatoué en marcel assis sur le capot de sa voiture de luxe”, Kanye se présente sur la pochette de ses deux premiers albums solo déguisé en ours en peluche. Pas complètement second degré comme ses ancêtres De la Soul, il peut passer du hip hop littéral au regard moqueur sur le genre qui l’a vu naître. Cette qualité provient notamment du fait que le garçon a commencé de l’autre côté de la vitre du studio comme producteur. Il a ainsi composé des titres pour Jay-Z (et son phénoménal Blueprint), Nas, Mos Def ou Monica avant de se lancer. Auparavant, il avait appris la distance et le second degré à l’école d’art de Chicago. Une maîtrise esthétique visible dans ses clips dont Heartless, film d’animation aux 111 millions de vues sur Youtube et le superbe court-métrage réalisé pour Flashing Lights. Depuis quelques années, Kanye West est également l’artiste qui maîtrise le mieux internet. Son compte Twitter rassemble 16 millions de suiveurs qui peuvent bien rigoler en suivant instantanément ses fulgurances.


Il est mégalo


Dans le monde merveilleux de West, Kanye est un dieu intouchable dans lequel tout est possible : insulter les gens, se faire traiter de crétin par le président Obama, verser une petite larme sur un plateau télé et inonder ses fans de tweets existentiels du genre « Classical music is tight yo » « I hate stickers on laptops » ou – le meilleur pour la fin-  « I need this horse … Kings need horses ». Obsédé par les fringues, Kanye a lancé la mode la plus débile des années 2000 : les lunettes grillage en plastique. Il est aussi obsédé par l’imprimé Burlington, du rose layette au vert foret, comme les pépés. Entre le ridicule et le génial, Kanye et son cerveau en plaqué or laissent dubitatif.


Il a réalisé deux chefs d’œuvres de suite


Si ce sont ses trois premiers albums The College Dropout, Late Registration etGraduation qui ont cassé la baraque, l’histoire retiendra que 808s & Heartbreak réalise en 2008 une parfaite combinaison entre hip hop et électro. Quasi exclusivement synthétique, le disque déroute les fans et ravit les critiques, d’autant plus que bouleversé par la mort de sa mère, Kanye West a rendu une copie assez sombre. Cette année, il publie un disque encore plus ambitieux avec de la musique classique, des longs morceaux, du piano partout et des références au poète Gil Scott-Heron. Surtout, l’homme aux lunettes à persiennes parvient à garder un cap musical audacieux tout en multipliant les collaborations avec les vedettes de l’époque (Rick Ross, Kid Cudi…). L’influent et pointilleux site Pitchfork vient de lui accorder un rarissime 10/10.


Il a mauvais goût


Censurée aux Etats-Unis, la pochette de My Beautiful Dark Twisted Fantasy est aussi borderline que Kanye en vison long et mocassins Louboutin cloutés. Dessinée et peinte par l’artiste américain George Condo, elle comporte plusieurs visuels interchangeables : celui d’une danseuse à moustache qui sirote un verre de rouge et celui, plus explicite, d’un homme noir chevauché par une femme ailée avec une queue de dalmatien. Le détail qui tue : la bouteille de kro à la main et la pause de beauf de cette interprétation libre de Kanye.


Playlist par Lucille West

LUCILLE WEST

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SAINT WEST MEM

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